« J’ai eu cette impression d’être ramené à la vie. »
— Alain, personne vivant avec le VIH
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« Je viens du Cameroun. Je suis arrivé en France en 2013. Juste après mon arrivée à Paris, j’ai fait une série d’examens médicaux et c’est alors que j’ai découvert que j’étais séropositif. Quand j’ai découvert que j’étais contaminé je me suis dit que ma vie venait d’être gâchée.

En Afrique le sida, on n’en parle pas. C’est un tabou. Ceux qui sont malades sont rejetés. C’est comme si une malédiction s’était abattue sur eux. C’est un sujet tellement tabou que même le fait d’en parler, c’est comme si vous attiriez vous même cette malédiction. Alors quand j’ai découvert en France que j’étais contaminé, c’est comme si toute ma vie s’effondrait d’un coup. Je me suis dit que c’était fini, que c’était la mort.

Au centre médical ils m’ont dit que ce n’était pas le cas du tout, qu’il y avait des traitements, chose que je ne savais même pas. Je pensais pourtant qu’on essayait de m’endormir avec des paroles pour me préparer à une mort en douceur.

Après avoir été dépisté, ma vie a été un calvaire pendant de longs mois. J’ai enchaîné les nuits blanches, j’étais à bout de forces, sans espoir. J’ai sombré. Un jour, j’ai même failli me jeter sur les rails du métro. Je me disais qu’il valait mieux mourir dans l’instant plutôt que de dépérir sur le long terme avec le regard des autres en plus sur toi. Et puis grâce à l’hôpital, j’ai connu l’association Basiliade qui m’a pris en charge. J’ai compris grâce aux personnes qui m’ont soutenu et accompagné qu’on pouvait s’approcher de moi sans que je ne les contamine. Ce soutien et cet accompagnement m’ont redonné confiance et goût en la vie.

Alors j’ai travaillé à mon tour en tant que bénévole auprès des personnes âgées pour faire du bricolage à domicile. Les gens appréciaient ce que je faisais sans aucun jugement. J’ai repris confiance en moi, en la vie, aux autres. J’ai alors décidé de passer des formations et un concours que j’ai réussi. Ce qui m’a permis de signer un contrat en CDI il y a peu pour travailler comme agent de maintenance à la RATP. Signer ce contrat ça a été un grand moment pour moi. Ça m’a permis de tourner la page et de regarder vers l’avenir. Avec ce contrat j’ai compris que je pouvais vivre presque normalement avec le VIH. J’ai eu cette impression d’être ramené à la vie.

Quand j’ai été dépisté, le virus avait déjà bien agi sur mon organisme. Finalement grâce au traitement on a réussi à le combattre. Depuis, ça fait trois mois que je suis indétectable. Savoir que la quantité de virus en moi est devenue faible ça été une grande victoire. J’ai compris qu’il faut se prendre en charge, se battre chaque jour, car la vie est encore là.

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Aujourd’hui, ma grande difficulté c’est d’en parler. C’est dur pour moi de garder ma maladie en secret. Car il y a un grand problème de méconnaissance autour de la maladie, ce qui créé le rejet. Même en France il y a des couches de résistance sur ce sujet. Le regard des gens est en retard par rapport aux progrès de la médecine. Quand tu es séropositif, tu es automatiquement repoussé des autres. Dans tous les domaines, y compris dans les relations amoureuses. C’est pour moi aussi très compliqué. J’ai du mal à en parler mais les gens ont aussi du mal à t’écouter. J’ai par exemple fait la rencontre d’une femme sans lui parler de mon cas personnel, mais je n’ai pas pu poursuivre la relation parce qu’elle ne voulait pas entendre parler de cette question. Ma plus grande souffrance aujourd’hui, c’est celle-là : le rejet, le silence.

D’ailleurs ma famille en Afrique n’est pas au courant de ma maladie. Je ne veux pas affronter leur regard, ni même leur faire du mal parce que je sais que leur annoncer ma séropositivité serait une grande douleur pour eux. Ils ne peuvent pas comprendre qu’on puisse vivre avec le VIH. Ce silence-là, il est difficile à vivre. »

NB : Le prénom, le pays d’origine et l’entreprise où il travaille ont été modifiés à sa demande.

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