Si on partait d’abord de la question du plaisir on pourrait certainement éviter certains comportements à risques.
— Alexandre, Educateur- sexologue dans une association

« Je suis éducateur-sexologue. Je travaille depuis 9 ans à Lyon au sein de l’ALS (Association de Lutte contre le Sida) où je suis également coordinateur d’actions de prévention. J’ai été amené à travailler sur la question du VIH pour des raisons personnelles : il se trouve que mon père est décédé suite à une contamination VIH en 1993. J’avais 19 ans. Le choc a été très long à encaisser. Ma motivation pour m’engager est partie de là, de mon histoire personnelle. Comme j’avais été complètement impuissant à l’époque, j’ai eu envie d’apporter ma pierre dans la lutte contre le VIH. 

Les profils des personnes que je rencontre à l’ALS concernent toutes les tranches d’âges et toutes les pratiques sexuelles. Ceux qui viennent tout juste d’apprendre leur contamination ont besoin d’être accompagnés pour retrouver une sexualité après un temps d’arrêt. Quand la maladie leur tombe dessus, ils perdent confiance, certains se sentent sales, honteux. Ils ont besoin de retrouver de la confiance et de l’estime de soi. Il y a donc un travail de réassurance à effectuer. Il faut les accompagner dans l’évolution de leur sexualité. Parce qu’il y a une sexualité avant VIH et une sexualité après. Certains ne changeront pas grand-chose et continueront à se mettre en danger eux-mêmes à prendre des risques, peut-être même à les amplifier parce qu’ils se sentent en dessous de tout avec un manque de conscience totale… Pour d’autres au contraire, il va être le temps d’une grande remise en question : pourquoi j’ai pris ces risques ? Pourquoi je me suis mis en danger ? Qu’est-ce que je peux apporter à mon comportement pour que ça change ? 

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Il y a la peur de transmettre à l’autre mais aussi de se protéger de nouveau pour certains, parce qu’il n’y a pas seulement le VIH, mais aussi d’autres IST. Mon travail consiste à les accompagner à s’interroger sur leurs pratiques. Est-ce que leur sexualité est surtout synonyme de plaisir ? On se rend compte souvent que la notion de plaisir a disparu. Pour eux, l’enjeu va être de retrouver ce plaisir disparu avec des gens dont ils ont réellement envie. Tout ça passe évidemment par l’estime de soi. Quand on se sent bien, on fait des choix plus éclairés. Il faut que ces gens partent avant tout de leurs envies et non pas simplement des goûts des autres.

Les personnes qui n’ont pas le VIH, m’interrogent quant à elles sur la notion de risque, notamment sur les différents types de pratiques. Certains ont déjà pris des risques, suite parfois à des relations extraconjugales et ont besoin d’être rassurés.

Aujourd’hui, les contaminations se font quasiment exclusivement par voie sexuelle. Si le chiffre des contaminations ne diminue pas, je pense que c’est parce qu’on a atteint une sorte de seuil. Je pense qu’on va difficilement aller plus bas : il y aura toujours certains types de personnes qui seront quoi qu’il arrive dans des prises de risques. C’est inhérent à certains profils. Au niveau prévention, je m’interroge sur la manière d’aborder la question du VIH. On est beaucoup centrés sur l’approche autour du risque et moins dans une approche positive de la santé sexuelle. Il faut aussi pouvoir interroger le sens de notre sexualité : qu’est-ce qu’une sexualité épanouie ? Comment faire des choix éclairés avec lesquels je me sens à l’aise ? Si on partait d’abord de ce point, du plaisir, on pourrait certainement éviter certains comportements à risques. Aujourd’hui, les pratiques sociales et les modes de rencontres ont évolué, ce qui a aussi une influence sur la manière de vivre notre sexualité. La prévention aussi doit s’adapter à ces changements, et il serait bon de voir par quels canaux il faut s’adresser aux gens selon leur génération. »

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© Hugo Lebrun / Stratéact'