« Quand je pense que je voulais en finir avec mes jours au début de la maladie, je me mets à rire toute seule parce qu’aujourd’hui je suis heureuse de vivre ! »
— Awa, Personne vivant avec le VIH
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« Le VIH/sida est une question qui a bouleversé ma vie. J’ai découvert que j’étais séropositive quand j’avais 28 ans. Aujourd’hui, j’en ai quarante. Je me porte très bien, je suis devenue indétectable, et je suis très heureuse de vivre aussi bien. Mais le chemin a été long et difficile…

J’ai découvert ma maladie en 2005 lors d’une prise en charge à l’hôpital dans mon pays natal, en Côte d’Ivoire. J’avais la tuberculose et c’est à l’occasion d’un bilan complet qu’on a découvert que j’avais le VIH. J’étais dans un état inquiétant, le virus avait déjà beaucoup agi dans mon corps.

Les cinq premières années, le traitement n’a pas très bien fonctionné sur moi. J’étais très malade. J’étais au stade sida, avec plusieurs maladies opportunistes qui se déclenchaient. J’ai alors pris la décision de partir vivre en France pour me soigner. Ça a été une période très difficile. Il a fallu que je laisse mes trois enfants sans leur dire pourquoi je partais. Ils ont aujourd’hui 12, 14 et 16 ans. Cela fait sept ans que je ne les ai plus revus, c’est ma plus grande douleur.

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Cette maladie est difficile à porter en Afrique, peut-être plus qu’ailleurs. Pour beaucoup c’est un sujet tabou. J’en ai quand même parlé un tout petit peu à mes parents, mais j’ai gardé le secret de ma maladie pour tous les autres. Je me suis sentie très mal et très seule pendant les mois qui ont suivi cette nouvelle. J’ai même pensé à me suicider. Parce que, pour moi, la vie était finie. J’avais honte et peur du regard des autres.

Heureusement, j’ai été soutenue par un médecin qui a été formidable. Il m’a fait sortir de ces idées sombres et m’a donné l’envie de continuer à vivre. C’est grâce à lui que j’ai eu la force d’y croire et de me battre.

Je suis arrivée en France sans contacter personne de façon à garder mon secret. Après avoir été hébergée pendant six semaines chez de la famille éloignée, je me suis retrouvée à la rue, sans connaître personne. J’ai ensuite fait une demande d’asile mais sous une fausse identité pour garder mon secret auprès de ma communauté. Cette situation m’a bloquée partout et mon asile a été refusé. Heureusement, j’ai pu être encadrée et hébergée par France Terre d’Asile où j’ai pu parler de ma maladie et de ma situation.

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Peu à peu j’ai pris mes marques et des habitudes de vie. J’avais même retrouvé un amoureux. On est resté cinq ans ensemble mais lorsque je lui ai annoncé l’année dernière que j’étais séropositive, il a fui aussitôt. Je n’ai pas de regrets. C’est une personne qui n’a pas été bonne pour moi.

Pendant cette période j’ai aussi régularisé ma situation avec ma vraie identité. Aujourd’hui, je vais bien. Je travaille un peu en faisant du ménage. Je vis dans un appartement thérapeutique à la charge de l’association. C’est une structure qui me permet de me reposer et de bien prendre mon traitement. Je n’ai pas de soucis avec le traitement, tout va bien. Je me sens bien même si, du côté amoureux, je me sens toujours fragile avec ma tête et mon corps. J’ai toujours peur de contaminer l’autre. J’ai du mal à me libérer. Au niveau social, je me méfie beaucoup des gens. Je me protège des indiscrétions et je cherche toujours à protéger mon secret. Heureusement que les structures associatives que je fréquente me permettent de parler. C’est indispensable pour moi de savoir que des gens peuvent m’écouter et dialoguer sans me juger.

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Après ces douze années passées, ce que je retiens avant tout, c’est qu’il faut se battre pour la vie. Quand je pense que je voulais en finir avec mes jours au début de la maladie, je me mets à rire toute seule parce qu’aujourd’hui je suis heureuse de vivre et, quoi qu’il arrive, la vie continue !

La prochaine étape pour moi serait de réussir à travailler aux côtés de personnes vulnérables, pour aider à mon tour des gens en difficultés. J’espère aussi que je vais pouvoir faire un aller-retour dans mon pays pour revoir mes enfants. C’est ce qui compte le plus pour moi. » 

NB : Le prénom a été modifié à sa demande.

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