« J’avais peur de garder le bébé, j’avais peur qu’il soit contaminé. »
— Caroline, personne vivant avec le VIH
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« J’ai 50 ans, je vis dans la banlieue lyonnaise où je travaille pour l’Éducation nationale. Je suis séropositive depuis 32 ans. Ma vie a basculé lorsque j’avais 18 ans.

À cette époque, je fréquentais un homme dont j’étais très amoureuse. Je sortais tout juste de l’adolescence, lui avait 32 ans. Ça a été un vrai coup de foudre et il a été le premier homme avec qui j’ai eu des rapports. Il se trouve qu’il avait le VIH. On était au début des années 80, à cette époque on n’entendait pas parler de préservatif.

J’ai découvert que j’avais été contaminée à la suite d’une prise de sang prescrite par mon médecin généraliste. À cette époque, on ne savait rien de la maladie. Je n’avais même pas eu le temps de démarrer une vie d’adulte que les médecins venaient de m’annoncer que j’en n’avais plus que pour cinq ans à vivre.

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Comme j’ai été contaminée jeune, je n’ai pas fait d’études. Mais j’ai décidé de les reprendre plus tard, à 30 ans. J’ai alors passé mon BAC puis un BTS Comptabilité. C’est ce qui m’a permis de travailler. Aujourd’hui, je travaille au sein de l’Éducation nationale dans un établissement du secondaire. Je m’y sens super bien. C’est un profil qui me correspond bien. Je me sens à ma place, utile pour les autres. C’est très important pour moi.

Entre temps, je suis retombée amoureuse et j’ai mis au monde un garçon qui a aujourd’hui 24 ans. Un bébé que j’ai eu suite à un accident de préservatif. Quand je suis allée voir le gynécologue, j’avais peur de garder le bébé, j’avais peur qu’il soit contaminé. Après des batteries d’examens qui m’indiquaient qu’il y avait 99% de chances qu’il ne soit pas contaminé, j’ai décidé de garder mon enfant en accord avec son père.

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Quand mon bébé est arrivé, il a fallu lui donner un traitement pendant 18 mois : de l’AZT en pipette toutes les trois heures avec un examen chaque mois pour être sûr qu’il ne soit pas contaminé. Le verdict à l’issue de ces 18 mois a été une libération. C’est ce qui m’a rendu le plus heureuse dans ma vie. Sa venue au monde a été magique. Je suis heureuse d’avoir fait en sorte qu’il ne soit pas infecté parce que j’ai une vie saine.

La relation avec le père de mon fils n’a pas duré. Ce n’est pas facile d’avoir une vie de couple avec une personne qui a une pathologie comme la mienne. Avec mon fils, ce n’est pas simple non plus. La relation a toujours été difficile. Quand il était petit, j’ai toujours repoussé le moment pour lui parler de ma pathologie. J’attendais qu’il soit en âge pour comprendre la situation. C’était un enfant précoce, turbulent, hyperactif.

Malheureusement un soir, suite à une grosse crise entre nous parce qu’il avait décidé de passer la nuit dehors avec des grands du quartier, j’ai craqué au cœur de notre dispute. Je lui ai annoncé brutalement, sans mettre les formes après qu’il m’ait dit que je ne connaissais rien à la vie. Il s’est braqué de manière violente. Il avait 12 ans et, depuis, on n’a jamais, jamais, jamais pu en reparler. J’ai essayé de faire un travail avec un professionnel sur cette question mais il n’a jamais voulu coopérer. C’est trop dur pour lui. Depuis, notre relation est très compliquée.

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Heureusement j’ai des moments de satisfaction dans ma vie : des petites choses qui font du bien, des petits moments d’évasion quand je sors par exemple. Et puis, je suis contente de faire mon travail que j’adore. Je m’y sens utile pour les autres. Utile aussi au sein de Sol En Si que je fréquente régulièrement.

Le regard de la société reste très difficile, les mentalités n’ont pas changé. Aujourd’hui, c’est très dur d’avoir une vie sociale ou professionnelle sans être obligé de se cacher. Si les gens pouvaient comprendre que de me serrer la main, me faire la bise ou boire dans mon verre ce n’est pas un problème… On aurait déjà pas mal évolué ! Malheureusement, on en est encore loin. 

Il faut que les jeunes comprennent que cette maladie appartient à toutes les générations. Donc, les jeunes : préservatif obligatoire ! »

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NB : Le prénom a été modifié à sa demande.

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© Hugo Lebrun / stratéact'