« (Depuis que j’ai appris ma séropositivité), je n’ai plus jamais envisagé le futur sur le long terme. »
— Christine, personne vivant avec le VIH

« Ma vie a toujours tourné autour du football. J’ai commencé à taper dans le ballon au PSG en 1982, à l’âge de 12 ans jusqu’à évoluer au plus haut niveau en première division à 16 ans. Ensuite j’ai été infectée du VIH. J’ai dû arrêter de jouer pendant plusieurs années.

Quand j’ai appris ma contamination, le monde s’est écroulé : nous étions en 90, j’avais 22 ans. Je me suis dit que je ne pourrais plus jouer au foot, que je ne pourrais pas avoir d’enfant, je ne pourrais pas me marier. Tout d’un coup, il n’y avait plus d’avenir, plus d’espoir, la mort m’était annoncée. Ça a été comme un trou noir. Je suis tombée très bas. Je commençais à m’alimenter très mal, je me laissais mourir à petit feu.

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A l’époque de mes premiers médicaments, j’ai eu une atteinte musculaire très rapide avec une paralysie des membres inférieurs à cause de leurs effets secondaires. J’ai dû donc arrêter très vite ce médicament. Mon corps a fondu, jusqu’à peser 37 kilos. J’ai ensuite commencé la trithérapie en 1997. L’association de plusieurs médicaments, c’était tout nouveau à cette époque. Les effets secondaires étaient tels que j’ai demandé au médecin d’arrêter. Avec ce traitementmon corps a changé. Il s’est masculinisé. Je suis devenue très mince autour du cou, j’ai perdu les muscles de mes cuisses, tandis que des déplacements de graisses se sont opérés au niveau de l’abdomen. De grands bouleversements physiques.

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Depuis cette époque, je n’ai plus jamais envisagé le futur sur le long terme. Quoi qu’on en dise, on n’est pas sauvé. Malheureusement les effets secondaires peuvent laisser craindre une issue pas très joyeuse. Quand tu prends un traitement, il faut savoir qu’il y a toujours des soucis à côté : en 2002, j’ai par exemple fait une hémorragie digestive qui a nécessité par la suite la transplantation d’un foie. Il s’agissait en fait d’une maladie rare dont on ne sait pas si elle avait été causée par le virus ou par la molécule présente dans un médicament. C’est pour ça que le discours qui minimise les effets du VIH grâce aux médicaments est trompeur. Bien sûr l’évolution de la maladie est stoppée, mais à côté de ça, on déclenche plein de maladies, graves ou moins graves mais qui sont des handicaps au quotidien.

Aujourd’hui les difficultés liées au VIH sont nombreuses dans mon quotidien. Il s’agit de fatigue physique principalement. Récemment par exemple j’ai déclaré de l’hypertension. Mentalement, psychologiquement on est usé

Au niveau intime, il était inconcevable pour moi d’avoir des rapports amoureux. Avoir un enfant, c’était également inenvisageable, même si aujourd’hui je suis ravi de constater que la recherche a avancé et que l’on peut avoir des enfants en étant séropositif. Cela étant, l’idée d’avoir des enfants, je l’ai abandonnée dès le premier jour. Il m’a fallu beaucoup d’années avant de reprendre confiance en la vie, dans les autres, dans des relations amoureuses. Aujourd’hui, je suis à l’aise avec ma sexualité même si l’on pense toujours au virus.

Comme beaucoup de jeunes encore aujourd’hui, je pensais à l’époque que j’étais à l’abri de cette maladie. J’ai compris trop tard qu’on peut être en bonne santé, faire du sport de haut niveau et se faire contaminer. Il ne faut surtout pas penser que ça n’arrive qu’aux autres. Le seul moyen c’est de se protéger ! Il faut le préservatif ! »

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