« La prison est dangereuse pour tout le monde, encore plus pour les personnes séropositives »
— François, coordinateur au sein de l'Observatoire international des prisons

« Quand on est séropositif en milieu carcéral, la vie quotidienne est extrêmement difficile. La prison est dangereuse pour tout le monde, encore plus pour les personnes malades.

Je travaille aujourd’hui au sein de l’OIP notamment sur la question du VIH en prison. Une question sur laquelle je travaillais déjà il y a quelques années au sein d’Act Up, où je m'étais engagé dans le milieu des années 90. On découvrait tous le virus du sida à cette époque et les ravages qu’il faisait. Il y a avait une urgence et je souhaitais me rendre utile. Quand j’y suis arrivé, il y a eu un besoin pour s’occuper de la commission Prisons, un sujet auquel j’étais également sensible depuis des années, pour y avoir des amis qui avaient malheureusement séjourné. Aujourd’hui encore, comme c’était le cas au milieu des années 90, il y a un grand rejet des séropositifs, en partie à cause de l’intolérance et de la peur.

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Être identifié séropositif, dans la tête de l’immense majorité des détenus, c’est être soit homosexuel soit toxicomane. Deux catégories de personnes particulièrement rejetées des autres en prison. Ça a d’ailleurs poussé beaucoup de malades à cacher leur séropositivité, jusqu’à pour certains, refuser les traitements pour ne pas être identifiés. Parce que là-bas, le secret médical n’est pas respecté comme il devrait. Il faut savoir par exemple que les traitements sont distribués en cellule par une infirmière et que les portes sont ouvertes par le surveillant. La confidentialité est d’emblée rompue. La promiscuité entre détenus ne participe pas non plus à l’anonymat. Dans les années 95-96, certaines portes de cellules portaient carrément une gommette qui indiquait qu’il y avait un séropositif pour mettre en garde les surveillants.

Le phénomène du suicide est six fois supérieur en prison qu’en dehors. Quand on sait que les aspects psychologiques ne sont pas - ou très peu - pris en charge, un séropositif se retrouve encore plus fragilisé.

On constate également beaucoup de problèmes d’hygiène : certaines prisons sont infestées de rats et soumises à des problèmes de punaises de lits, de puces ou de parasites qui fragilisent tout le monde. Il faut savoir que plus de la moitié des prisons sont vétustes. Les douches sont pour la plupart collectives. Les détenus y ont accès seulement trois fois par semaine.

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Les combats pour faire respecter les droits des détenus vivant avec le VIH sont nombreux. À Act-Up, on a notamment lutté pendant plusieurs années pour que des textes de lois soient votés pour faciliter la libération des malades. La loi de 2002 qui prévoit cette suspension de peines est allée dans notre sens. Malheureusement, dans la réalité elle est très peu appliquée et de nombreux malades ont du mal à se soigner correctement.

En prison, les risques de transmission du VIH sont importants. Deux facteurs : la sexualité avec des rapports à la sauvette et non protégés et la circulation de seringues usagées entre détenus. Les risques de transmissions sont donc importants.

Au niveau géographique, il apparaît que les prisons de Guyane et de Guadeloupe sont celles les plus touchées par le VIH en France. Une situation alarmante qui nécessite là-bas comme partout ailleurs en France un gros travail de prévention et de sensibilisation… »

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© Hugo Lebrun / Stratéact'