« Malgré tout ce que j’avais connu autour de moi, j’avais relâché ma vigilance. Il ne faut pas reproduire mon erreur. »
— Jean-Claude, personne vivant avec le VIH et bénévole
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" Dans les années 80, j’ai perdu plusieurs amis des suites du sida. J’avais 25 ans et cette maladie me faisait très peur. Je faisais très attention à me protéger. Mais, malgré ma vigilance qui a été constante au fil des années, j’ai découvert trente ans plus tard ma séropositivité. J’étais loin de m’en douter ! C’était il y a six ans. J’avais 55 ans et j’étais dans un état très inquiétant. D’après les médecins, ma contamination devait remonter à une dizaine d’années, ce qui correspondait à une période de séparation. Je n’avais pas de relation stable et, malgré tout ce que j’avais connu autour de moi, j’avais relâché ma vigilance.

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Il était temps que je découvre ma séropositivité. Mon système immunitaire était extrêmement bas. J’étais aux portes du stade sida, prêt à partir moi aussi. Heureusement, au bout d’une dizaine de mois, ma charge virale avait déjà bien baissé. Je me souviens du médecin infectiologue qui m’a dit à l’issue d’une visite : « vous avez de la chance monsieur, vous êtes un miraculé ! ». Aujourd’hui, après 6 ans de traitements, je me porte très bien et vis tout à fait normalement !

Peu de temps après, j’ai commencé à fréquenter AIDES qui m’a aidé à libérer ma parole, comprendre, et accepter ma situation. J’ai alors commencé à faire des actions de sensibilisation avec l’association. On se déplace dans des lieux ciblés avec un car dans lequel on propose des entretiens de santé sexuelle et des dépistages rapides.

Il m’est déjà arrivé trois ou quatre fois d’annoncer à des gens leur séropositivité. Personne n’est jamais préparé à ça. C’est parfois un effondrement silencieux. Nous veillons à bien les encadrer et les accompagner avant et après le test. Le propos immédiat consiste à leur expliquer qu’aujourd’hui, quand on est séropositif, il y a des traitements efficaces qui permettent de rester en bonne santé, qui rendent non-contaminant. Je l’explique au travers de mon cas personnel puisque je me porte bien alors que je n’ai plus vingt ans. Certes, je prends un traitement à vie, mais je vis tout à fait normalement, en faisant même beaucoup de sport.

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Je comprends qu’on puisse garder cette maladie comme un secret, ce n’est pas facile d’en parler. Surtout quand on est jeune et qu’on souhaite évoluer dans sa carrière. Personnellement, en dehors de AIDES, je n’en ai pas parlé autour de moi excepté à un jeune collègue avec qui je m’entendais bien. Il avait très bien réagi. Pour autant, il a été la seule personne à qui j’en ai parlé durant les huit premiers mois.

Au niveau familial, je n’en ai jamais parlé. Je vois très peu ma famille et je n’ai jamais jugé utile de les informer, d’autant que je n’ai pas d’enfant. Un jour pourtant, j’ai reçu un mail d’une nièce que je n’avais plus vue depuis dix ans. Elle était tombée par hasard sur un témoignage vidéo que j’avais fait pour AIDES. Suite à cette vidéo, elle avait souhaité me rencontrer pour faire ma connaissance.

On s’est alors vu une fois dans un bar pour discuter de moi, de ma vie… Au moment de nous quitter, je lui avais dit que son père, en l’occurrence mon frère, comme le reste de la famille, n’était pas au courant de ma séropositivité, mais qu’elle avait toute la liberté de leur en parler si elle le souhaitait. Je les revois une ou deux fois par an mais je n’ai jamais eu d’écho de notre rendez-vous…

 

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Je trouve dommage de passer à côté du dépistage alors que l'on peut se soigner en cas de résultat positif. Il ne faut pas reproduire mon erreur. Quand on n’a pas de relation stable, il faut faire des tests régulièrement, plusieurs fois par an s’il le faut. Il ne faut pas faire l’autruche. Il ne faut pas non plus se croire à l’abri. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de gens qui refont leur vie après de longues années de mariage, ce sont des périodes où les nouvelles rencontres nous rendent vulnérables ! Ça peut arriver à tout le monde !"

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