« Il faut que les jeunes se protègent en toute occasion. Et surtout leur dire : ne vous privez d’amour avec quelqu’un qui est séropositif ! »
— Jean-Marc, compagnon d'une personne décédée d'une coïnfection

La question du sida me tient à coeur depuis de nombreuses années. J'ai vécu pendant dix ans avec une personne séropositive. Michel, mon compagnon, est mort des suites d'une maladie opportuniste en 2001. Pendant nos dix années passées ensemble, sa maladie ne nous a jamais empêchés de nous aimer et d'avancer dans la vie.

Quand je l’ai connu, il était déjà séropositif. Moi je ne l’étais pas, je suis d’ailleurs toujours séronégatif. Michel m’avait annoncé sa contamination au tout début de notre rencontre. J’avais trouvé ça touchant, c’était le signe qu’il était en confiance et qu’il voulait inscrire notre relation dans la durée.

Nous étions en 92-93, j’avais une trentaine d’années. A cette époque le sida faisait des ravages, plusieurs de mes amis y avaient succombé. Ça n’allait pas m’empêcher de continuer à vivre ni d’aimer ce garçon. On a construit beaucoup de choses ensemble. A commencer par réunir nos deux familles autour de notre couple. Et puis au travers de voyages qu’on organisait chaque année : au Mexique, au Guatemala, en Bolivie, en Australie, en Inde… Des moments fantastiques qui nous ont permis de nous sentir pleinement épanouis ensemble.

Pendant ces dix années, j’ai accompagné Michel dans ses traitements. Il y a eu des moments où il était plus faible physiquement que d’autres, et du coup moralement plus fragile. Je savais avec qui je vivais, je le soutenais, j’étais là pour lui, tout le temps.

Je l’aimais pour sa personne toute entière, avec ses grandes qualités et aussi ses fragilités. Quand on aime quelqu’un, il faut l’aimer sans limite. Je l’accompagnais, mais lui aussi m’accompagnait. Il y avait un juste équilibre. Il n’a jamais eu un rôle de faible et moi de fort. Pas du tout. Il n’y avait pas de déséquilibre dans la relation. On était là l’un pour l’autre.

L’arrivée de la trithérapie ne l’a malheureusement pas sauvé. Il était très fragile. Durant sa dernière année de vie, il avait développé une hépatite C qui lui a causé une infection pulmonaire fulgurante. C’est cette coïnfection qui lui a été fatale. Il se doutait qu’il allait mourir, il me disait que je devais m’y préparer. Je l’ai toujours refusé. Je considère qu’on vit avec des vivants et pas des gens qui vont mourir. Je ne pouvais pas vivre pleinement avec quelqu’un en me disant qu’il allait mourir. Je n’ai donc jamais fait de pré-deuil. Après sa mort, ma reconstruction a été longue. Le sentiment de n’avoir pas pu lui dire au revoir a été quelque chose de très difficile.

A l’époque j’avais des responsabilités au niveau international dans l’informatique.  Et puis après la mort de Michel, j’ai décidé de m’engager au sein de la Croix Rouge internationale, en faisant des missions humanitaires en Afrique pendant près de deux ans. Ma seule manière de faire ma propre thérapie et d’avancer c’était de m’engager pour les autres.

Mon deuil a été long. Pendant deux années, je n’ai pas eu de rapports sexuels. J’avais été blessé, je n’en n’avais pas l’envie. Et puis petit à petit la vie reprend toujours sa place. Il m’a fallu tout de même entre 5 et 7 ans pour me remettre véritablement psychologiquement et psychiquement de cet événement. Aujourd’hui je me sens bien, j’ai monté depuis 2009 une boutique de confection d’objets de déco et accessoires de mode avec des matériaux recyclés. J’ai aussi réussi à retrouver goût aux relations amoureuses, mais pas aussi fortes qu’avec Michel. Il y’en a peut-être une qui est en train de naître en ce moment, je ne sais pas…

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J’ai toujours veillé à me protéger. Ma vie sexuelle avait commencé avec cette « génération sida » qui a fait des ravages. J’ai tout de suite pris la mesure des risques de cette époque. J’ai donc grandi avec des préservatifs. J’en ai toujours eu dans la poche. Je crois qu’aujourd’hui c’est un réflexe que les gens doivent encore avoir.
Il faut que les jeunes se protègent en toute occasion. Il n’y a pas de grande ou de petite occasion.  Et surtout leur dire « ne vous privez pas d’amour avec quelqu’un qui est séropositif ! »

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© Hugo Lebrun / Stratéact'