« Aujourd’hui on peut croire qu’un jour on arrivera à l’éradication de la maladie. Mais dans quel délai ? »
— Jean-Paul, Docteur en service Maladies infectieuses

« Je suis médecin généraliste rattaché à un service de maladies infectieuses dans deux hôpitaux parisiens. J’ai débuté en 1987 à Toulouse avant d’arriver à Paris en 1995. A cette époque la maladie faisait peur. Peu de médecins s’intéressaient à cette pathologie. Il y avait un vrai besoin, et le profil très engagé du personnel médical qui travaillait sur ce sujet m’avait particulièrement motivé.

En cette période, on avait une vocation à accompagner les malades tout en espérant en permanence que les soins arrivent rapidement. Ils sont d’ailleurs arrivés plus vite que ce qu’on espérait, ce qui nous a permis enfin de pouvoir soigner nos patients.

Quand la trithérapie est apparue, on a vécu ce moment comme quelque chose de très fort mais avec énormément de questions sur son efficacité. Il nous a fallu 5 à 8 ans pour être rassurés de l’efficacité de la trithérapie sur le long terme. Depuis, les avancées ont été considérables, car aujourd’hui un malade pris en charge vit tout à fait normalement, avec des traitements qui sont simples et qui n’ont plus d’effets secondaires ou très peu.

On évalue entre 6500 et 7500 le nombre de contaminations par an. C’est un chiffre beaucoup trop élevé qui est dû à un manque de prévention, un manque de dépistage, une rechute dans certaines communautés, ainsi qu’une trop grande tendance aussi chez les migrants à se cacher de leur séropositivité. La jeunesse reste la population la plus exposée, en particulier celle issue de la communauté gay.

Sur les dix dernières années, le nombre de contaminations est sensiblement le même, ce qui va poser un problème à terme, à savoir la prise en charge de ces patients, étant donné que l’offre médicale n’augmente pas contrairement au nombre de patients qui lui continue de progresser.

Ce qui est malheureux à constater, c’est qu’en dépit des progrès, il y a eu un relâchement de l’ensemble de la population. Les acteurs ont continué à travailler de la même façon mais la population a été moins réactive au message. Cela est dû au fait que la maladie est devenue chronique, et que les gens n’ont plus peur de mourir du VIH aujourd’hui.

En général la prise en charge des nouveaux patients débute à l’hôpital, puis ils tentent de trouver un médecin en ville qui puisse suivre leur traitement. Malheureusement on se retrouve à peu de médecins en ville à pouvoir prendre en charge les nouveaux patients VIH parce que les patientèles sont quasiment complètes. Il y a un manque de moyens humains au niveau des médecins pour prendre en charge ces nouveaux patients.

Aujourd’hui encore, beaucoup de patients qui ignoraient leur contamination l’apprennent au détour d’un test systématique. Malheureusement on a des politiques de prévention qui sont de moins en moins visibles et qui font que les jeunes se protègent de moins en moins. Il y a peut-être une réflexion à mener pour travailler auprès des jeunes au niveau du collège ou du lycée, et faire admettre aux enseignants que le combat n’est pas terminé. Il faut recommencer à parler du sida avec un niveau d’alerte important comme c’était le cas il y a 15 ans.

Au début des années 90 on ne croyait pas à des traitements efficaces, aujourd’hui on peut croire qu’un jour on arrive à l’éradication de la maladie. Mais dans quel délai ? Personne n’est en mesure de le dire. »

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© Hugo Lebrun / Stratéact'