« J’ai eu la force de refaire surface et c’est en partie grâce aux associations qui se battent tous les jours à nos côtés. »
— Joachim, personne vivant avec le VIH

« J’ai 68 ans, je suis jeune retraité. Je vis avec le VIH depuis près de 40 ans. Je ne suis plus contaminant depuis plusieurs années. Aujourd’hui, j’ai la chance de profiter pleinement de la vie.

J’ai été contaminé accidentellement suite à une intervention médicale. Je me suis réveillé à l’hôpital Lariboisière, porteur du VIH comme d’autres, des suites de cette grande affaire du sang contaminé. Au lieu de me battre juridiquement, j’ai décidé de continuer à travailler. J’avais une trentaine d’années. A cette époque, le mot sida sonnait comme quelque chose de très dur, mais j’ai refusé de m’écrouler. J’avais la force de me battre mais paradoxalement je voyais les autres mourir du sida et je me disais que je ne m’en sortirai pas.

Toute ma vie j’ai dissimulé ma maladie. J’ai continué à voir mes parents et à travailler normalement. J’ai toujours dit à la médecine du travail que j’allais bien. J’ai eu la chance d’être épargné par les problèmes de grosse fatigue. Je ne l’ai jamais annoncé à mes parents. Je ne voulais pas les contrarier dans leur fin de vie. Mes sœurs et mon frère étaient peut-être au courant mais ne m’ont jamais parlé de ma contamination. J’ai toujours gardé ce secret pour éviter la discrimination. Un secret difficile à porter.

J’aurais voulu avoir des enfants mais je n’ai pas osé en parler. J’ai ce regret-là. Parce que je n’ai jamais divulgué non plus mon secret à mes partenaires. Il fallait que je cache tout, mon secret, mes médicaments. J’ai considéré qu’il fallait que je prenne des précautions avec les autres. Je ne voulais pas être rejeté.

Les réseaux associatifs ont été d’une aide vitale pour moi. J’ai d’abord connu Aides où j’ai rencontré des gens qui m’ont accueilli comme j’étais. C’était avant tout un lieu de vie, d’échanges, d’entraides, de soutien qui m’a permis de me sentir moins seul. J’ai ensuite poussé les portes de l’association Envie. J’y ai trouvé beaucoup de convivialité, d’écoute et de dialogue. J’ai toujours eu besoin de ce soutien. C’est un lieu où je me ressource.

Cette association est quelque chose que je n’oublierai jamais. C’est comme une seconde famille. On a la possibilité de discuter de tout, de faire des activités, de voir aussi un psychologue qui nous écoute sur nos problèmes. Ma crainte c’est la pérennité des toutes ces associations qui sont vitales pour nous. Si les subventions venaient à être supprimées ce serait terrible pour tous les malades. Je sentirais un grand vide. 

J’ai toujours fais attention à mon corps, à mon apparence. Aujourd’hui, quand je regarde des personnalités, des artistes de ma génération à la télé, je me dis que je vieillis comme eux. Ça me rassure, je me sens tranquille avec mon corps. Il m’a fallu de nombreuses années avant de retrouver véritablement ma sexualité. Aujourd’hui, à 68 ans, je me libère de nouveau. Parce que pendant ces longues années, j’ai toujours eu peur de transmettre mon virus. Et puis l’usage du préservatif n’était vraiment pas quelque chose de commode pour moi.

Ce que je retiens de mon parcours, c’est que le danger, avant tout, c’est de se renfermer sur soi-même socialement. J’ai connu des gens qui ont sombré, moi j’ai eu la force de refaire surface. C’est aussi en partie grâce à tous les acteurs associatifs qui se battent tous les jours à nos côtés. Je suis donateur pour le Sidaction, pour moi c’est important de participer. Le combat ne doit pas s’arrêter. D’autres l’ont fait pour nous, il faut continuer à le faire… »

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© Hugo Lebrun / Stratéact'