« Prendre soin de sa santé sexuelle c’est important, parce que c’est aussi prendre soin des autres. »
— Joann, chargé de prévention
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 « J’ai commencé à m’impliquer sur la question du VIH/sida dès le lycée. Chaque 1er décembre, pour la journée mondiale de lutte contre le sida, j’organisais toujours une petite animation avec l’infirmière scolaire. Je me suis toujours senti concerné par ce sujet même si je ne suis pas touché à titre personnel par la maladie.

Ma sexualité étant par ailleurs particulièrement concernée en France par cette maladie, je ne pouvais pas rester insensible à ce fléau de santé publique. Les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes (sans tenir compte du fait qu’ils se reconnaissent hétérosexuels, bisexuels ou homosexuels) représentent tout de même 43% des personnes qui découvrent leur séropositivité chaque année.

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C’est sans doute ce qui m’a conduit à m’engager depuis plusieurs années en tant que chargé de prévention sur les questions du VIH et des IST, d’abord auprès de l’association AIDES puis auprès de l’ENIPSE (Equipe Nationale d’Intervention Prévention Santé pour les Entreprises), ainsi qu’avec le centre LGBT de Bordeaux. Le but est de faire la promotion de la santé sexuelle des populations fréquentant les établissements LGBT (saunas libertins, gays…). C’est une action riche, variée, et profondément utile.

Parmi les personnes que l’on reçoit, beaucoup viennent faire un dépistage et ensuite parler de leur situation. Ils posent souvent des questions toutes simples sur les modes de transmission et la réduction des risques. Ce qui me frappe c’est le manque de connaissance au sujet de cette maladie. Même des personnes de 40 ans ont des représentations complètement fausses sur les modes de transmissions. Certains ont du mal à parler de leur sexualité à leur médecin qui est souvent le médecin de famille. Alors les gens restent avec leurs questions.

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Quand on regarde les statistiques, on note une recrudescence de contaminations depuis deux ans chez les 15-25 ans, notamment chez les homosexuels et les bisexuels. La sensibilisation dans les collèges et les lycées est quasi inexistante, et est un sujet toujours compliqué au sein des familles.

Les jeunes considèrent qu’il s’agit d’une maladie ancienne qui peut se traiter, qui n’existe presque pas, qui ne peut pas les atteindre. Ils se croient à l’abri de toute contamination et n’ont aucune conscience de ce que veut dire être séropositif.

Les raisons sur la prise de risques sont multiples. Ça arrive souvent dans un contexte de fête, avec de l’alcool… Dans le feu de l’action ils n’ont pas de préservatif et se disent « tant pis ». D’autres peuvent être dans un rapport autodestructeur, au cours d’une période où ils ne sont pas bien et vivent dangereusement. L’accès aux films porno, où l’on voit de plus en plus de rapports non protégés, participent aussi au fantasme et posent question : « S’ils le font comme ça pourquoi moi je ne pourrais pas le faire aussi ? ».

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Dans le cade du TROD (test rapide orientation diagnostic), j’effectue le test et annonce les résultats. Il m’est arrivé plusieurs fois d’annoncer des tests positifs. C’est toujours un moment intense. Les premières questions sont souvent les mêmes : « Comment c’est possible ? Comment je vais faire ? Est-ce que je vais mourir ? Qu’est-ce que je vais devenir ? Mon boulot ? Ma famille ?». Notre démarche c’est de les rassurer, les orienter, les accompagner…

Certaines personnes ne vont pas l’annoncer tout de suite à leur famille proche, voire pas du tout. Pour les personnes en couple, leur contamination est parfois liée à une double vie qu’ils ne veulent évidemment pas dévoiler, avec la peur de contaminer son mari, sa femme, et de briser son mariage, son union, sa vie.

Le chemin est encore long pour faire baisser les chiffres de la contamination, mais j’ai envie d’y croire ! Voilà pourquoi il faut absolument rééduquer les jeunes avec le préservatif et le dépistage. Prendre soin de sa santé sexuelle c’est important, parce que c’est aussi prendre soin des autres. »

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© Hugo Lebrun / Stratéact'