« Globalement, on ne sait pas ce que ça implique de vivre avec le virus du sida. On se dit qu’on n’en meurt plus, donc on ne s’en méfie pas trop. »
— Louise, étudiante relais santé
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« J’interviens à l’Espace santé de Bordeaux où je travaille sur le pôle de prévention à la sexualité en direction des étudiants. J’ai toujours été intéressée pour faire de la prévention autour de la sexualité. Avant de m’engager sur ce terrain, la question du VIH/sida était très loin de moi, comme pour la plupart des jeunes de ma génération d’ailleurs. Le sida, c’est la maladie de nos parents. Je suis née en 1996 et cette maladie appartient dans notre inconscient collectif aux années 80, autant dire qu’elle est très loin de nous…

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Globalement, on ne sait pas ce que ça implique de vivre avec le virus du sida. On se dit qu’on n’en meurt plus donc on ne s’en méfie pas trop. Moi-même, avant de m’engager dans cette voie, je connaissais peu de choses. Bien sûr, on identifie quand même cette maladie grâce au Sidaction et son fameux ruban rouge mais, en dehors de cet événement, quand on est au collège ou au lycée, on ne nous en parle pas. Certains sont véritablement largués sur le sujet ! Quand on leur dit que le virus du sida existe encore, et qu’il touche beaucoup de gens à Bordeaux, ils nous répondent « ah bon ? ». Personne ne leur dit clairement que, lorsqu’on a des partenaires multiples, il faut régulièrement faire un dépistage, par exemple. Certains ne savent pas ce que ça implique d’oublier de mettre un préservatif.

Les questions qui reviennent fréquemment concernent les traitements que doivent prendre les personnes contaminées. La plupart du temps, ils ne savent pas que des traitements d’urgence existent, tout comme le test de dépistage rapide ou l’autotest. C’est pour cela que le travail de terrain est important. On a, par exemple, recensé les adresses pratiques de dépistage gratuit sur Bordeaux pour que les jeunes sachent où aller facilement.

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Même s’il y a moins de tabous, la sexualité reste un sujet compliqué à aborder au sein des familles. Il y a un travail à mener dans les collèges et les lycées parce qu’on en parle peu, voire pas du tout. On fait bien de la prévention routière, on devrait faire la même chose en matière de sexualité ! Plus globalement, il manque des campagnes de communication marquantes. Les stands dans les évènements festifs ont aussi leurs limites. Les jeunes de 15-20 ans n’osent pas y aller. Si tu découvres à ce moment que tu es séropositif, que faire ? Je ne crois pas que ce soit des lieux et des moments propices pour ce genre de démarches.

Pour toucher ces jeunes, je pense qu’il est bon de les interpeler sans leur faire peur avec des chiffres alarmants ou avec un discours moralisateur. Je pense qu’il faut rappeler que la maladie existe encore, et qu’il y a le préservatif pour s’en protéger. L’approche doit être adaptée aussi et le ton de notre message également. Il faut parfois être léger ou ludique pour faire passer des messages auprès des jeunes.

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Il y a visiblement un gros relâchement de la vigilance puisque les chiffres nous indiquent que les jeunes continuent d’être touchés par la contamination. Combien de jeunes passent à l’acte sans vraiment se connaître et le font sans préservatifs ? On fait les choses et on réfléchit après, c’est aussi ça la jeunesse. J’ai d’ailleurs été confronté il y a peu à des jeunes qui sont venus me voir, complètement paniqués, en me disant « j’ai eu un rapport, je ne me suis pas protégé… ». Heureusement que des structures existent pour les accompagner, parce que souvent c’est nous qu’ils viennent voir en premier…»

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© Hugo Lebrun / Stratéact'