« La médecine a fait tellement de progrès… C’est le jour et la nuit par rapport aux années 80 »
— Marie, Docteur en service Maladies infectieuses

« Quand j’ai commencé à m’investir dans la prise en charge des personnes séropositives à la fin des années 80, il n’y avait pas encore de trithérapie. Il n’y avait qu’un seul médicament, l’AZT. A cette époque, je me souviens que presque toutes les semaines, des patients, des collègues, des amis mourraient du sida. C’était une période très difficile, les malades et les proches étaient dans une grande détresse, et nous du côté médical, nous étions démunis. Depuis, heureusement, les choses ont bien évolué. La médecine a fait beaucoup de progrès. C’est le jour et la nuit par rapport aux années 80.

Une personne qui découvre sa séropositivité en 2016 n’aura pas tous les soucis de ceux qui ont été contaminés il y a 20 ou 30 ans. Aujourd’hui le risque de transmission du virus peut être quasiment éliminé. Le discours a changé avec la limitation de la transmission de la mère à l’enfant. En France grâce au système de santé dont nous disposons, il n’y a pas d’enfant qui naisse séropositif, sauf quelques exceptions quand la mère a ignoré qu’elle était contaminée du VIH. Une personne séropositive en 2016 va pouvoir bénéficier de médicaments qui sont associés en un seul et même comprimé, contrairement aux premières trithérapies où les malades pouvaient avoir jusqu’à 30 ou 40 comprimés par jour.

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Il faut savoir que ça reste compliqué de se soigner tous les jours. Le piège c’est de se sentir bien et d’oublier de prendre son traitement. Physiquement, les stigmates de la maladie ne se voient quasiment plus ou très peu. Tous les problèmes physiques de lipodystrophie liés au premier traitement ont presque disparu.

Certains traitements provoquent quelques effets secondaires chez certaines personnes, qui peuvent parfois causer des problèmes d’insuffisance rénale. On constate aussi des problèmes hépatiques ou encore cutanés. Il peut y avoir également des effets au niveau osseux ou encore sur le métabolisme des lipides lié au cœur. Sur le long terme, il faut savoir que le VIH d’une personne contaminée aujourd’hui a peu d’impact sur sa durée de vie. Avec ou sans VIH la durée de vie sera presque identique. En revanche le virus va agir sur sa qualité de vie, à savoir une très grande discrimination subie au quotidien : ce sont des problèmes au travail, dans la relation aux autres, au niveau social, amoureux, amical, familial…

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Il y a des âges de la vie qui sont plus fragiles. Il y a un gros travail de pédagogie à faire là-dessus, car les jeunes sont très vulnérables, en particulier les jeunes hommes qui découvrent leur homosexualité. La population migrante est elle aussi très touchée car un peu invisible sur le plan médical. Quand ces jeunes gens arrivent dans le centre de grandes villes, ils sont très sollicités et se retrouvent particulièrement fragilisés parce qu’ils ne prennent pas les précautions qu’ils devraient. Ils représentent un nombre important des nouvelles contaminations.

D’un point de vue médical, on est assez efficaces dans la prise en charge. Pratiquement tous les patients ont une charge virale indétectable. La faille vient surtout du dépistage. La phase où les jeunes doivent aller se faire dépister est la période au cours de laquelle on doit faire le plus d’efforts. Si une personne contaminée est prise en charge avec un traitement le plus rapidement possible, cela va améliorer de manière importante la qualité de la réponse immunitaire. Agir dans les 48 heures, c’est l’idéal. C’est évidemment pendant la période où l’on ignore que l’on est séropositif qu’il y a le plus de contaminations. Ce ne sont pas les personnes séropositives qui contaminent, mais celles qui ignorent leur propre contamination. Il faut donc faire le test de dépistage quand on a eu des comportements à risques. »

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