« Certaines personnes sont prêtes à renoncer à l’accès aux soins pour dissimuler leur maladie à leurs proches »
— Olga, assistante sociale et bénévole

" Je suis assistante sociale et bénévole à Sidaction depuis 2001. Avant de m’engager dans l’action sociale, je travaillais dans le tourisme, un secteur que j’ai souhaité quitter en donnant un autre sens à mon travail. J’ai toujours été sensible au sujet du sida. Et puis, j’ai franchi le pas un jour en lisant un article de presse qui faisait état de situation de la maladie et des besoins en matière de bénévolat. Ça a été un déclic. J’ai alors contacté Sidaction pour leur proposer mes services.

J’ai été frappée par la grande détresse des personnes touchées par la maladie. La grande souffrance c’est la discrimination que chacun subit. Cette discrimination c’est une double peine. Surtout lorsqu’elle vient du cercle amical et familial. Certains rejettent les malades sans détour et sans prendre de gants, d’autres de manière silencieuse en prenant leurs distances sans rien dire. C’est le lot de beaucoup de malades.

Quand le cercle proche vous tourne le dos, vous restez seul. Seul, chez vous pour ne pas affronter le monde extérieur parce qu’il vous rejette. J’ai même déjà rencontré deux personnes arrivées au stade sida (dernier stade de l’infection VIH) parce qu’elles n’avaient pas pu dire qu’elles étaient malades à leur entourage... Certains sont prêts à renoncer à l’accès aux soins pour dissimuler leur maladie. Parce qu’elles ont peur du jugement et du rejet des autres. Il est là le drame.

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Tout le monde doit se sentir concerné par cette maladie. Le pourcentage des jeunes qui sont contaminés est important. Les jeunes, nous les rencontrons à l’occasion d’ateliers de sensibilisation comme au salon de l’étudiant ou de l’éducation. Ils sont très souvent mal informés. Ils n’ont pas pris conscience des enjeux liés au VIH et ne savent pas forcément ce que ça représente vraiment d’être séropositif. Ils nous disent régulièrement que lorsque le sujet est abordé en cours de SVT en classe de 3ème, ils n’osent pas poser de question. Il est primordial de ne pas les laisser dans l’ignorance parce qu’ils sont particulièrement exposés.

Au-delà des points de rencontres et d’échanges qui sont indispensables, il faut aussi s’adresser aux jeunes dans leurs propres circuits d’informations. Ils ont besoin que l’info vienne aussi à eux directement parce qu’ils ne vont pas forcément faire la démarche de se déplacer. Il y a aussi un discours fort à leur tenir, avec des mots et un ton qui leur parle, les accrochent et les interpellent.

Il m’arrive aussi de m’entretenir avec des personnes qui font des dons à l’occasion du Sidaction. Ce sont parfois des malades qui trouvent notre travail utile et qui veulent faire avancer le combat à leur manière. On se rend compte qu’échanger avec ces personnes, c’est parfois leur donner un peu de vitalité et de courage, c’est aussi contribuer à ce qu’elles se sentent moins seules.

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La population des plus de 50 ans est elle aussi particulièrement exposée. Des personnes qui pour beaucoup étaient mariées et avaient une vie de famille avant de se séparer et de se retrouver de nouveau sur les terrains de l’amour et des rencontres. Sauf que c’est une génération qui n’a jamais eu la culture et l’habitude du préservatif.

Les contaminations demeurent trop nombreuses. Voilà pourquoi mon engagement reste intact après toutes ces années. Je suis maman d’une jeune femme de 20 ans. Je me suis engagée aussi pour elle, pour que tous nos enfants et nos petits enfants n’aient plus à subir cette maladie. Je veux croire qu’un jour on y arrive ! Mon engagement est aussi un engagement qui me relie à mes racines togolaises puisque Sidaction œuvre aussi à l’international et en particulier en Afrique. Un combat primordial au vu des inégalités qui perdurent."

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© Hugo Lebrun / Stratéact'