« Je ne me considère pas comme un professeur qui vient faire des leçons. J’ai une approche fraternelle et non pas moralisatrice. »
— Oumar, chargé de prévention migrants

Je suis chargé de mission prévention migrants au sein de l’association de l’ALS (Association de Lutte contre le Sida). Mon travail consiste à aller vers la population migrante pour faire de la prévention sur le VIH, les IST et les hépatites. On intervient dans les quartiers mais aussi dans les commerces, les centres culturels, les salons de coiffure, les restaurants, les bars, les boites de nuits…

Selon les statistiques, les personnes migrantes séropositives sont majoritairement contaminées dans leur pays d'accueil. La majeure partie des migrants que nous côtoyons est assez jeune, entre 17 et 35 ans.

Il n’est jamais facile de parler de sexualité, encore plus auprès de certaines populations. L’enjeu est de bien aborder ce sujet. Je ne me considère pas comme un professeur qui vient faire des leçons à des gens. Je suis migrant comme eux, je parle les mêmes dialectes qu’eux ce qui facilite le dialogue, et j’ai une approche fraternelle et non pas moralisatrice.

Après trois ans de prévention dans ces quartiers, je vois qu’il y a différents degrés de connaissance par rapport à ces maladies. Globalement, la population migrante musulmane est plus difficile à toucher sur cette question, même si cela varie selon les profils et les nationalités. Etant moi-même musulman, je sais que culturellement ce sujet n’est pas du tout facile à aborder.
La population migrante chrétienne est davantage éclairée sur la santé sexuelle. Dans les deux cas, certains connaissent le sujet mais n’en parlent pas car il est tabou. D’autres en revanche, une minorité, méconnaissent totalement cette maladie.

Les populations migrantes ont peur des institutions en France. Certains échappent au système de soins et toutes formes de prises en charge parce qu'ils n'ont pas de papiers et ne connaissent pas leurs droits. Ils ont peur d'être arrêtés par la police.

60 % des migrants que je vois sont sans papiers. Quand je fais des tests rapide-d'orientation-diagnostic, certains le refusent parce qu’ils estiment qu'on a été mandatés par la France pour les contaminer ! Il y a toutes sortes de croyances sur ce sujet avec en toile de fond l’idée qu'il ne faut pas côtoyer les ONG parce que ce seraient elles qui contaminent les populations.

Ces préjugés les mettent en difficulté et leur font prendre des risques. C’est pour cela que nous avons décidé d'aller vers eux et de travailler avec eux. Certains d'entre eux ont envie de faire du bénévolat, alors nous les formons et ils deviennent les relais de notre action sur le terrain.

Il peut nous arriver de faire une vingtaine de dépistages en une soirée dans une boîte de nuit. Quand une personne est dépistée séropositive, on l'encadre immédiatement avec notamment l’aide d’une assistante sociale, d’une psychologue et d’un relais vers l’hôpital, tandis que nous nous occupons de leur statut et éventuellement de mettre à disposition un appartement relais quand cela est nécessaire.

Nous rassurons les personnes séropositives en leur expliquant qu'en prenant des traitements elles ne contamineront pas leurs proches et pourront se soigner pour vivre normalement. Nous leur expliquons également qu'en venant à l'association, elles ne seront pas isolées. Certaines personnes qui étaient sceptiques au départ nous remercient un an ou deux après. “Merci de m'avoir accompagné, merci de m'avoir donné ces traitements médicaux. Merci de m'avoir donné du courage et de l’espoir…”

 

 

Réagissez et partagez la publication

© Hugo Lebrun / Stratéact'