« Il faut aussi prendre soin de soi, ne surtout pas devenir négligeant avec son traitement comme je l’ai été. Et puis, se protéger. Toujours. »
— Philippe, personne vivant avec le VIH
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« Je suis né en Guinée. J’ai quitté mon pays à l’âge de 6 ans pour vivre en France. J’ai découvert que j’étais séropositif à l’occasion d’une prise en charge médicale pour un problème au niveau de la jambe et des reins. J’avais 30 ans. C’était il y a tout juste 20 ans. Depuis je suis passé par tous les états et il m’a fallu de nombreuses années avant que je me soigne correctement.

Aujourd’hui, tout va bien. Je suis devenu indétectable il y a peu. Grâce à mon traitement, j’ai pu supporter une greffe de rein l’an dernier.

Pendant toutes ces années, j’ai connu des hauts et des bas. J’ai même eu parfois, au début, des idées sombres qui m’ont traversé l’esprit. Ma chance, c’est que pour des raisons professionnelles j’ai été amené à voyager un peu partout en Europe. Malgré la maladie j’ai souhaité continuer à voyager le plus possible. Cela m’a permis de m’échapper et de continuer à vivre pleinement. Je me disais que j’allais mourir, alors il valait mieux profiter et voyager au maximum ! Ça a peut-être été ma thérapie finalement.

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Pourtant, pendant cette longue période, je me suis mis en danger parce que je prenais mon traitement de manière très irrégulière. À cette époque, j’avais une douzaine de médicaments à prendre chaque jour. Je ne faisais pas attention à mon traitement, je le prenais à la légère. Parfois, je ne le prenais que deux fois par semaine. J’étais toujours malade, très fatigué, avec énormément de tension, des palpitations, des maux de tête et la sensation d’être essoufflé en permanence…

Je me souviens très bien ce que j’ai ressenti quand j’ai compris que j’avais le virus. Le médecin m’avait préparé en me disant « Peut-être que tu ne prends pas de précautions… On va encore faire des examens mais ça peut être grave ». Je suis resté calme, sans rien dire. En réalité, j’étais ailleurs, j’étais abattu. Je n’écoutais même plus les mots du médecin. Je me suis tout de suite demandé où j’avais pu attraper ce virus.

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Aussitôt, j’ai eu très peur que les gens découvrent que j’étais malade. J’avais peur du regard des autres. Je pensais que ma famille et mes amis allaient me fuir. Alors, quand les gens venaient me rendre visite, je ne parlais que de l’infection que j’avais à ma jambe. J’avais peur qu’ils discutent avec les médecins et que le secret professionnel soit trahi.

D’ailleurs ce que je redoutais est malheureusement arrivé une fois, lorsqu’une amie très proche de ma famille a entendu une infirmière me parler de mon VIH. Cette amie ne m’en a jamais parlé mais je sais ce qu’elle a entendu. Ce secret, je l’ai gardé pour moi. Aucune personne de ma famille ou de mon entourage n’est au courant de ma maladie.

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La seule personne à qui j’en ai parlé est quelqu’un d’extérieur à mon cercle social. C’était en 2011. En m’écoutant, sans me juger, cette personne m’a libéré et redonné du courage. Ça m’a fait énormément de bien. Aujourd’hui, c’est la seule personne qui connaît ma situation. Avec le temps, cette personne m’a rapproché de mes croyances religieuses. Grâce à elle, j’ai retrouvé espoir. Je me suis mis à croire. C’est certainement cette foi qui m’a donné la force d’aimer la vie et de me soigner pour continuer.

Aujourd’hui, je me porte très bien. Je marche de nouveau contrairement à ce qu’on m’avait diagnostiqué à l’époque. Je ne travaille pas encore, mais je redémarre des démarches pour retrouver une activité.

Ce que je retiens de mon histoire, c’est qu’il ne faut pas être en colère mais continuer de croire en la vie. Il faut aussi prendre soin de soi, ne surtout pas devenir négligeant avec son traitement comme je l’ai été. Et puis, se protéger. Toujours. Le VIH/sida est une maladie qui se soigne. Il ne s’agit surtout pas de la fin. »

NB : Le prénom a été modifié à sa demande.

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© Hugo Lebrun / stratéact'