« Aujourd’hui malgré les avancées de la médecine, quand quelqu’un apprend qu’il est séropositif, il y a toujours un avant et un après. »
— Véronique, écoutante pour Sida Info Service

« Je travaille en tant qu’écoutante pour Sida Info Service. Je suis arrivée au moment de la création du service, il y a 26 ans. Nous étions à la fin des années 80. Un beau jour, je suis tombée par hasard sur une annonce de recrutement de l’association Aides dans un journal. L’association créait un dispositif professionnel d’écoute et de soutien. C’est là que la grande aventure avec Sida Info Service a commencé pour moi. Une des plus belles histoires de ma vie : un lieu de passions, de solidarité, d’humanité.

Le but du service, c’est d’écouter, d’informer, soutenir et accompagner ces nombreuses personnes qui nous appellent chaque jour. Etre écoutante, c’est bien plus qu’un métier. Pour moi, c’est une forme de militantisme. Je ressens un profond sentiment d’utilité.

Il s’agit d’un métier atypique : nous sommes dans une sphère où les gens nous appellent pour nous parler de leur intimité, de leur sexualité, de leurs peurs, de leurs hontes, de leurs fantasmes aussi. L’anonymat et le téléphone créent un espace extraordinaire de paroles qui leur permet de se confier à nous. Par certains aspects, c’est une sorte de confessionnal.

Beaucoup d’appels concernent des personnes qui ont pris un risque et se posent des questions, quand d’autres qui viennent d’apprendre leur séropositivité ne savent pas vers qui se tourner… Prise en charge, soutien psychologique, paroles intimes… Quand on reçoit un coup de fil, on ne sait jamais à quel type de cas on va être confronté. Peut-on vivre avec le virus ? Quels sont les risques de transmission ? Est-ce que je vais bien me sentir avec les traitements ? Les peurs et les questions sont nombreuses.

Le contexte est moins dramatique qu’auparavant. Il y a 26 ans, les appels étaient des appels de détresse. A cette époque, apprendre qu’on était séropositif, c’était apprendre qu’on allait mourir. Nous étions confrontés à beaucoup de deuils. Il fallait être capable d’apporter notre soutien comme on pouvait. Les malades ne pouvaient pas en parler librement dans leur entourage. C’est pour ça que nous avons toujours été d’une aide importante : c’est toujours plus facile de vider son sac à un tiers professionnel anonyme. Alors les gens parlent de leurs émotions, ils craquent, ils pleurent, se livrent à nous.

Aujourd’hui malgré les avancées de la médecine, quand quelqu’un apprend qu’il est séropositif, il y a toujours un avant et un après. La vie avec le virus reste depuis toujours un grand bouleversement qui va modifier le rapport aux autres. Le traitement de la maladie a évolué, mais au niveau psychique et psychoaffectif, les problématiques et la discrimination restent très fortes. Alors les gens se cachent et se taisent. Aujourd’hui encore, c’est impossible de parler du VIH dans le monde du travail par exemple.

L’épidémie a évolué, notre service aussi. On s’est adapté aux appelants et aux autres questions qui concernent de près ou de loin la sexualité. Voilà pourquoi on a élargi nos domaines aux IST, à la contraception, à la grossesse. Nous avons dans notre boite à outils, des connaissances pluridisciplinaires. Cela ne fait pas de nous pour autant des sexologues, ni des psychothérapeutes, ni des assistantes sociales, ni mêmes des médecins. Nous sommes dess écoutants, un relais important pour des milliers d’anonymes qui se posent des questions.»

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© Hugo Lebrun / Stratéact'