« Les effets indésirables, les risques de contamination, la possibilité d’avoir des enfants (...). Sur tous ces points nous pouvons enfin être rassurants avec les patients infectés ! »
— Vincent, Docteur

« Je travaille sur les maladies infectieuses dans un hôpital de Montpellier depuis 15 ans. Avant d’arriver dans l’Hérault, j’avais fait une formation de médecine à Paris où je me suis spécialisé en maladies infectieuses et sur la question du VIH. A l’époque il y avait un taux de mortalité très élevé et un vrai défi à trouver comment soigner les patients. Il y a toujours eu cette volonté de progresser pour lutter contre la maladie. Voilà pourquoi j’ai toujours été engagé dans ce combat contre la maladie. Ça a toujours été un moteur pour moi.

Lorsque je suis arrivé en 2001, le grand changement dans la vie des patients avec l’arrivée de la trithérapie avait déjà eu lieu. Néanmoins on faisait encore face à des problématiques de patients qui avaient des virus très résistants ou encore d’autres très fatigués par leur infection antérieure, ce qui nous confrontait encore à une mortalité très élevée.

Hugo Lebrun-22472247.png

La problématique de la fin de vie était un sujet très présent : il fallait l’anticiper, l’accompagner, l’organiser. Les patients vivaient avec l’idée qu’ils allaient mourir. D’ailleurs ils ont également mis beaucoup de temps à se débarrasser de cette idée-là quand il leur été permis de nouveau de pouvoir se projeter dans l’avenir.

A l’époque l’annonce du VIH était une catastrophe, aujourd’hui, cela n’est plus vécu comme tel. Pour autant, quand un patient apprend sa contamination, ça reste encore aujourd’hui un grand choc. La part d’accompagnement psychologique fait ainsi partie de notre quotidien et a été intégrée à notre formation.

Cette maladie reste socialement stigmatisante. Il y a une mémoire historique, celle d’une société qui garde en tête tous les dégâts causés par le VIH. Les malades doivent éviter le secret absolu parce qu’il peut être destructeur et empêcher d’avancer. J’essaie toujours d’inciter les patients à en parler à leur entourage le plus proche mais je leur explique bien qu’il ne faut pas en parler à trop de monde, notamment dans le milieu professionnel où il faut encore plutôt le cacher.

Les effets indésirables liés au traitement, la question de la contamination de l’entourage, la possibilité d’avoir des enfants, sont souvent les premières questions que nous posent les patients infectés. Sur tous ces points nous pouvons enfin être rassurants !

La façon dont on apprend sa séropositivité est déterminante pour la suite, notamment dans la capacité à l’accepter. On a aussi fait des progrès de ce point de vue-là : on s’est notamment calqué sur ce que font les cancérologues, à savoir d’accompagner l’annonce par un suivi psychologique.

Le niveau de contamination stagne depuis plusieurs années, ce qui n’est pas à la hauteur des progrès de la médecine. Le constat c’est que les moyens de prévention mis en œuvre ne sont pas assez efficaces. Il faut certainement évoluer vers d’autres formes de prévention : sur le dépistage et le traitement systématiques ainsi que sur toutes les nouvelles thématiques de recherches comme la PrEP (prophylaxie pré-exposition, traitement préventif pour les personnes séronégatives à haut risque de contracter le VIH).

Un des axes de travail consiste à cerner et comprendre par des études sociologiques les personnes qui ont échappés au circuit médical et qui ont été dépistées sur le tard.

L’OMS a demandé un objectif « 90 / 90 / 90 ». A savoir qu’en 2020, 90% des personnes infectées par le VIH soient dépistées, 90% des personnes dépistées soient traitées, et 90% des personnes traitées aient un virus contrôlé par le traitement. Si on arrive à atteindre cet objectif, on arrivera à faire diminuer l’incidence. On peut être optimiste aujourd’hui pour la France qui est un des rares pays à se rapprocher de ces objectifs qu’elle atteindra probablement d’ici trois ans. La question au-delà de notre pays, sera de savoir comment aider et participer au développement des autres pays moins bien dotés que nous en matière de santé. »

Réagissez et partagez la publication

© Hugo Lebrun / Stratéact'